“C’est pour les touristes !”

by nicolasnova

“Néanmoins ce qui se passe n’est pas pour touristes d’abord car devant le grand mouvement de la montagne et l’analyse complexe à en faire, il importe avant tout d’éviter un regard, un stéréotype, un piège que l’on voit se généraliser et que l’on entend dans la formule ‘C’est pour les touristes !’ Ce vieil argument repérable de longue date dans le regard des citadins leur fait dire qu’à chaque fois que les montagnards changent c’est nécessairement dans le sens autre que ce qu’ils attendaient. Il importe donc de se donner un règle d’observation stricte. Les indigènes ne font rien pour les touristes qui ne corresponde d’abord pour eux à une signification profonde en tant que nouvelle quête d’identité et nouvelle image de soi. Non, ni les jolis villages, ni les charmants cortèges, ni les coquets arrangements, ni les joyeux artisans néo et anciens ne sont là d’abord et seulement ‘pour les touristes.’ Ils sont là pour être vus et répondent au voir d’en bas, mais ils correspondent à un sens anthropologique profond. De la même manière, il faut comprendre que la nouvelle macro-montagne (dont fait partie le tourisme) n’est pas là d’abord et seulement ‘pour les touristes’, mais qu’elle correspond à la signification indigène d’une montagne en invention dans ce grand mouvement de production de la société.”

Bernard CRETTAZ, La Beauté du reste. Confessions d’un conservateur de musée sur la perfection et l’enfermement de la Suisse et des Alpes, Zoé, 1993, pp. 126-127.

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