Tartarin et le théatre helvète

by nicolasnova

 

29055182400_b68cdd70eb_k.jpg

14 août 2016, Kandersteg (Suisse). Quelques pelles mécaniques stationnées sur le chemin d’une balade vers le Oeschinensee me font penser au début du cinquième chapitre de Tartarin sur les Alpes d’Alphonse Daudet :

“Il en fallait de l’argent, figurez-vous bien, pour affermer, peigner et pomponner tout ce territoire, lacs, forêts, montagnes et cascades, entretenir un peuple d’employés, de comparses, et sur les plus hautes cimes installer des hôtels mirobolants, avec gaz, télégraphes, téléphones !…

– C’est pourtant vrai, songe tout haut Tartarin qui se rappelle le Rigi.

– Si c’est vrai !… Mais vous n’avez rien vu… Avancez un peu dans le pays, vous ne trouverez pas un coin qui ne soit truqué, machiné comme les dessous de l’Opéra ; des cascades éclairées a giorno, des tourniquets à l’entrée des glaciers, et, pour les ascensions, des tas de chemins de fer hydrauliques ou funiculaires. Toutefois, la Compagnie, songeant à sa clientèle d’Anglais et d’Américains grimpeurs, garde à quelques Alpes fameuses, la Jungfrau, le Moine, le Finsteraarhorn, leur apparence dangereuse et farouche, bien qu’en réalité, il n’y ait pas plus de risques là qu’ailleurs.

– Pas moins, les crevasses, mon bon, ces horribles crevasses… Si vous tombez dedans ? – Vous tombez sur la neige, monsieur Tartarin, et vous ne vous faites pas de mal ; il y a toujours en bas, au fond, un portier, un chasseur, quelqu’un qui vous relève, vous brosse, vous secoue et gracieusement s’informe : « Monsieur n’a pas de bagages ?…

– Qu’est-ce que vous me chantez là, Gonzague ? »

Et Bompard redoublant de gravité : « L’entretien de ces crevasses est une des plus grosses dépenses de la Compagnie. »

Advertisements